Alors ils partent.
Ils prennent ce train sans savoir ce que leur réserve cette fuite éperdue.
Pourquoi Paris ?
Elle a toujours si profondémment détesté cette ville !
Mais, il fallait bien faire un choix. C'était Paris ou Lyon. Mais une grande ville. Pour se fondre dans la masse.
Ils arrivent Gare de Lyon.
C'est une belle journée d'été qui commence, et ils n'ont que l'embarras du choix quant-au trottoir qui leur servira de lit ce soir.
Bob connait un peu Paris et il décide d'aller à Montparnasse.
Ils prennent le métro. Ils ont l'impression d'être en vacances, de faire du tourisme.
Ils sont à présent là où leur destin les a conduits (avec l'aide de Bob).
Elle, elle regarde cette grande tour au dessus d'elle, qui semble vouloir toucher le ciel. Elle en a le tournis.
Et il y a tellement de monde !
Des hommes en costume sombre, des femmes en tailleur strict, mais aussi des gens plus ou moins extravagants, venus de tous horizons, des enfants, des grands-mères qui promènent leur chien.
Il y a tellement de monde !
Plus de monde encore qu'il y en a dans son village...
Et ça grouille, et ça se dépêche.
Il y a même des ados de leur âge, qui vont sûrement au collège, mais elle n'y prête pas plus attention qu'aux autres passants. Elle ne regrette pas son départ. Alors penser à l'école, à ses
copains, à sa maison ou encore à sa famille... non, elle n'y pense pas. Elle se croit en vacances !
Pourtant, la première nuit n'a rien d'idyllique ! Dormir à même le froid béton de la terrasse de Montparnasse, avec le bruit de la circulation, la crainte de se faire voler, celle d'être ramassée
par la police ou la fraicheur de la nuit... non, finalement, c'est pas ça les vacances. Elle sait ce que c'est, elle a eu cette chance de toujours partir en vacances dans de très beaux endroits.
Et ça ne ressemblait pas à ça...
Les deux premiers jours, ils ont de quoi manger. Après leurs nuits difficiles et agitées, ils s'offrent de gargantuesques petits-déjeuners !
Bientôt, l'argent vient à manquer et il faut faire la manche. Mais ça va, parce qu'à leur âge, on a pas vraiment de fierté et la nécéssité de manger passe avant. Alors ils quémandent
séparément à la sortie du métro.
C'est ainsi qu'ils font la connaissance de deux frères, Abdel et Mohamed, qui leur proposent de les héberger quelques temps.
Ils sont étudiants et louent une chambre de bonne dans le quartier.
Une toute petite chambre avec deux lits, un réchaud, un petit frigo, une table et deux chaises. Pas de
douche ni même de toilettes. Les commodités sont sur le pallier, communes à tous les habitants de l'étage. Ca fait froid dans le dos, mais tout ce qu'elle demande, c'est un toit. Et l'hospitalité
de ces deux garçons est la bienvenue.
Eux aussi, ils écoutent Bob Marley. Et elle, elle n'en peut plus de Bob Marley, parce qu'elle ne supporte plus Georges ! Il y a un mois, il lui a promis qu'il arrêtait les joints, les bangs
et toutes ces conneries. Mais elle le soupçonne d'avoir repris, peut-être même de ne jamais avoir arrêter.
Et puis, il y a cette première nuit passée au chaud chez les deux frères. Bob est pressant, se colle à elle, promène ses mains avides sur son corps. Mais elle ne veut pas, elle ne veut
plus. Elle n'a jamais plus voulu depuis la première fois dans le bosquet.
Et à présent, avec l'insistance et l'empressement dont il fait preuve, il l'a dégoutte. Elle ne veut même plus l'embrasser.
Bob s'énerve et sort en claquant la porte. Mohamed sort dans l'espoir de le calmer.
Abdel quant-à lui, tente de la rassurer, mais elle se fiche pas mal que Bob revienne. Ca ne la concerne plus.
Un soir, elle va se promener dans les rues du quartier avec Abdel qui se montre très protecteur avec elle. Le grand frère qu'elle n'a jamais eu.
Elle a faim ! Ils passent devant des restaurants où des gens sont attablés, rient, discutent, boivent et mangent. Au début, avec Abdel, elle en rit. Ils s'inventent des montagnes de
nourriture et surtout de gâteaux et pâtisseries. Mais au bout d'un moment, elle finit par en pleurer.
Ce matin là, à son réveil, non seulement Bob n'était pas rentré, et ça, c'était le cadet de ses soucis, mais en plus, il lui avait dérobé les deux bagues en or qu'elle gardait
précieusement pour pouvoir acheter à manger...
Elle rentre avec Abdel à la chambre de bonne où Mohamed les attend. Et ils s'ouvrent une boite de conserve...
La journée, les frères sont à la fac. Ils ne la réveillent jamais quand ils partent. Elle, elle passe ses journées à faire la manche, à discuter avec Jimmy, un rasta qu'elle aime bien, ou à
regarder Jésus, un personnage hors du commun, aux cheveux peroxydés, T-shirt déchiré et pantalon punk, qui fait du roller toute la journée sous le regard admiratif des passants. C'est sa façon
artistique à lui, de demander l'aumone.
Et puis un jour, elle fait LA mauvaise rencontre.
Pour la suite, il faudra revenir demain. Bonne nuit à tous, doux rêveurs
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