Je les ai trouvés après son départ pour Toulouse.
Entre nous deux, une histoire très spéciale, une belle histoire douloureuse,
comme beaucoup de belles histoires.
Nous cohabitions dans le même appartement. Il était guitariste, auteur, compositeur et déssinateur. C'etait un artiste complet et talentueux, et aussi très sensible et torturé.
Il aimait son chien, un boxer prénommé Rush, il aimait jouer de la guitare dans les rues, et il m'aimait moi. Mais je l'ai compris trop tard, après avoir pleuré sur son épaule, pour mes
misérables chagrins d'amour. Et lui, fort, sensible et généreux, avalait mes pleurs et me réconfortait. Il avalait mes larmes, mais ne les digérait pas. Et dans son coin, sans que je le sâche, il
écrivait ceci :

Parfois, le sommeil s'accroche à nos cils
Un peu comme le héros devant l'impossible.
Et malgré ce plomb coulé sur nos paupières,
On recherche la force d'y ôter une poussière.
Parfois la haine s'attache à nos sourires,
Souveraine errante à la recherche d'un Empire.
Et malgré le peu d'acide qui ronge le peu d'amour qui nous reste,
On trouve toujours du miel à offrir à ceux qui nous détestent.
Souvent, le Diable vient danser sur nos pauvres têtes,
Vêtu de noir, de nuits peuplées de courtisanes et de nymphettes
Et malgré la fin que murmure notre propre Requiem,
On cherche l'aile d'un ange pour vaincre ce triste dilemme.
Et puis un jour, la foi nous abandonne,
Tout l'espoir du monde se teinte du roux de l'automne
Tandis que s'envolent ces promesses, du fond de nos tiroirs.
Alors, après de brefs adieux à nos rides dans le miroir,
On s'allonge dans le néant, la tête vide et le coeur mort...
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Ton chagrin me désole parce que je ne voies que lui.
Je n'ai que des mots à t'offrir, aussi dérisoires soient-il,
Moi qui t'observe en silence, t'envelopper de nuit,
Je me dis que mes plaies à moi sont bien futiles.
Que ne suis-je troubadour pour te voler un sourire ?
Je me ferais volontiers absinthe pour te tourner l'esprit,
Et même parfum, pour peu que tu me respires...
Mais je ne suis qu'un visage de plus dans cette armée de non-dits...
Je t'observe chaque jour, agenouillé devant ta présence,
Et je sais la moitié de ton chagrin,
L'autre étant masquée par tes silences,
Et jamais je ne prononce ton nom sans joindre les mains.
Ces mains que d'autres fourrent dans leurs poches
Pour ne pas avoir à te les tendre,
Je te les offrirais sans remords
Pour peu que tu me les demandes.
Mais je ne trouve que ton regard absent,
Du moins me semble-t-il,
Tourné vers d'autres lieux, d'autres temps,
Car tu dors dans tes souvenirs, jeune fille...
Et moi qui attends chaque jour l'occasion
De paraître moins lointain,
De briser cette glace qui me semble forteresse,
Je trace ma défaîte néanmoins,
Car je sais qu'il n'ait pas d'amour sans détresse.
Ecrits par Jean-Yves en 1996
Voilà... c'est une sensation étrange d'écrire ces poèmes, SES poèmes. Pas aussi étrange que le jour où je les ai
trouvés, mais étrange quand-même de replonger plus de douze ans en arrière et de se dire qu'on a inspiré ces mots, cette douleur qu'on ne soupçonnait pas. Ou est-ce plutôt, qu'on ne voulait pas
la soupçonner ?
J'avais un autre de ses poèmes, mais je n'arrive pas à remettre la main dessus.
En tout cas, avec le recul, oui, j'ai un regret. Celui de n'avoir pas pu lui dire combien j'étais touchée par ses mots, sa sensibilité et la noblesse dont il a fait preuve, alors que je
l'accablais de mes propres MAUX.

Douce nuit à vous.
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