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  • : Mais non, vous ne rêvez pas... mon blog s'appelait précédemment gegekaro, mais j'ai du tout refaire car j'avais perdu pas mal de données... Rêver, c'est l'espoir, mais aussi parfois le désespoir. On essaiera de l'oublier celui-là...Il y a les rêves d'avenir, ceux qui font appel aux souvenirs, regrettés ou nostalgiques. Je m'efforce toujours de ne pas regretter. Bref, de rêves bien terre-à-terre. Mais il y a aussi ceux qu'on fait tout éveillé, parce que l'on est un rêveur compulsif, […]
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Rêves utopiques

Les phobies des autres

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Vendredi 11 avril 2008
La voici donc partie, notre aventurière invétérée, notre maniaco-dépressive.
Elle ne se rend pas compte.

Le psy lui a dit : "C'est rare que les gens atteints par cette maladie viennent me consulter d'eux-mêmes. En général, ce sont leurs proches qui les convainquent de venir."

Est-ce un bon point ? Elle ne sait pas. Tout ce qu'elle sait, c'est qu'elle ne veut pas d'un traitement dont elle serait esclave à vie ! Elle ne s'est jamais droguée, à part peut-être un ou deux joints, elle ne compte pas commencer avec des médicaments !

Alors elle roule sur cette autoroute. Elle ne pense à rien en particulier, et à plein de choses en même temps. A-t-elle une pensée pour ses enfants ? Très certainement, mais c'est flou, embrouillé et même carrément barbouillé.

Ce qu'elle a vraiment en tête ? Faire des rencontres, s'éclater, être l'adolescente qu'elle n'a jamais été... ne plus être une épouse et n'être qu'une maman à temps partiel... quelle horreur ! cette fille a vraiment un grain !

Sa vie Niçoise commence. Elle va durer un peu plus de deux ans.
Pourquoi Paris à 15 ans ?
Pourquoi Nice  aujourd'hui ? Elle a horreur des villes, elle n'aime pas particulièrement la mer à laquelle elle préfère la montagne.
Pourquoi Nice ? Parce qu'elle y connait déjà trois ou quatre personnes et qu'en visitant la ville, quelques mois avant, elle est tombée sous le charme du vieux quartier, qui pour elle est un village.


 


Comment ne pas succomber au charme des couleurs, aux parfums d'olives et d'épices qui innondent les ruelles du Vieux Nice ?
Elle y avait trouvé un petit appartement sous les toîts, adorablement vieillot, avec des poutres apparentes et un énorme pilier en bois, au beau milieu de la pièce principale.  Elle était tombée amoureuse de ce 2 pièces, mais dans un instant de lucidité, elle avait alors pensé à ses enfants, encore en bas âge. Pas d'ascenceur et un escalier des plus raides pour accéder sous les toîts, appartement trop petit... bref, sa responsabilité de maman à temps partiel a définitivement oublié ce coup de coeur.

Elle s'est donc excentrée du Vieux Nice, pour un 2 pièce très moderne sur les hauteurs de la ville, vers le stade du Ray.
Pas le même charme bien-sûr, mais spacieux, très lumineux, avec un balcon et une terrasse. Bref, bien sous tout rapport pour accueillir ses enfants d'une part, mais aussi pour vivre sa vie comme elle l'entend : elle rêve de "communauté hippy", un "chez elle" qui ne serait pas que chez elle, un "chez elle" où chacun aurait sa place et s'y sentirait plus que comme un invité.


Elle emménage aussitôt avec Siam, 20 ans, une jeune Italo-marocaine rencontrée quelques semaines plus tôt avec qui le courant est aussitôt passé.
Siam travaille alors dans une maison de retraite la journée, et dans un pub quelques soirs par semaine.
Aussitôt, la vie de noctambule commence pour les deux jeunes femmes. Laquelle entraine l'autre, difficile à dire. Elles sont tellement différentes et complémentaires !

D'un côté, la fraîcheur et la spontanéïté de Siam. Faire la fête, sortir, rencontrer du monde, c'est sa nature, rien de nouveau pour elle. Elle profite aussi de la générosité d'autrui et de ce qu'on veut bien lui offrir.
De l'autre, il y a notre personnage central, qui petit à petit, se crée une seconde nature, à l'encontre de ce qu'elle a toujours été. Elle apprend tout ce que Siam peut lui enseigner sur les plaisirs simples de la vie, s'ouvrir au monde... Elle est naturellement généreuse, et pour elle, pas question que sa jeune amie faûchée participe aux frais. Le loyer, les sorties, les voyages... elle offre tout à Siam car ce serait pour elle hors de propos que son amie paye quoi que ce soit.

D'un côté, la peau mate, les yeux sombres, les cheveux noirs et les formes généreuses de Siam.
De l'autre, la peau claire, les yeux verts, les cheveux chataings-roux et la silhouette filiforme de notre aventurière.

Ces deux là, dans une autre vie, n'étaient vraiement pas faites pour se rencontrer, et encore moins pour se plaire...























 

























Alors elles se découvrent l'une l'autre, chacune se découvrant peut-être elle-même.

C'est le début du mois de juillet. Un week-end, elles partent pour une virée à Marseille. La journée, elles font quelques emplettes de filles, se balladent dans les rues inconnues, sur la Cannebière, le Port.
Le soir venu, elles décident de dormir dans un parc de la ville, mais elles sont réveillées en pleine nuit par l'arrosage automatique. Dans une crise de fou rire, mêlé parfois de larmes à cause des effluves d'herbe, celle qui se fûme, elles finissent la nuit sur la plage.

Ce sont les prémices d'une amitié et d'une complicité qui longtemps seront à toute épreuve.

Un soir, sur la plage de Nice, alors qu'elles jouent du djembé,  elles font la connaissance de Florian, un jeune guitariste, un peu baba. Une rencontre qui en déclenchera une autre quelques jours plus tard.
En effet, Florian les invite à un concert de rock, chez lui, près de l'Observatoire, au lieu-dit "les quatre chemins".
Il y a beaucoup de monde. Florian leur présente les musiciens et le chanteur du groupe "Red Spirit". Tous des enfants du pays, à l'exception du chanteur, Jérome, anglais par son père, et qui vit à Londres. Jérome est tellement beau qu'il en est trop lisse, sans la moindre aspérité, terne...
Il y a le bassiste, gentil, mais qui dénote totalement du contexte.
Et il y a Richard, le guitariste. Et là, quelque chose se passe, mais rien d'évident, rien de concret, juste un petit quelque chose pour notre aventurière.


Le spectacle se passe dans un hangar enfûmé et alcoolisé. Les spectateurs, assis, debouts, entrant, sortant,  font un vacarme de tous les diables.
Siam roule un joint sous les yeux admiratifs de son amie. C'est là que ça se passe, là que ça arrive... quand notre héroine entend, avant de voir.
Elle entend les premières notes, le solo de guitare qui introduit le premier morceau. Ce solo de guitare qui introduit définitivement Richard dans sa vie. Ce morceau, c'est "sweet child o'mine", des Guns and roses.
Et c'est comme si le toit du hangar venait de lui tomber sur la tête.
Quand il joue, Richard est comme en transe, en parfait harmonie avec son instrument. Il ne fait pas semblant, il est dans la musique, il EST la musique. Il ne joue pas pour plaire, il joue parce que ça lui plaît. La plupart du temps, il joue les yeux fermés. Il n'a pas besoin de savoir s'il est regardé.
Et elle, avant de le regarder, elle l'entend, elle l'écoute. D'ailleurs, elle ne le regardera jamais pendant ses solos, par respect, parce qu'elle n'a pas besoin de le voir pour savoir.



  Elle l'aime.
Elle l'aimera toujours désormais, même si leur histoire ne durera effectivement que quelques mois. Un peu plus d'un an, en fait, en jouant au chat et à la souris, se quittant, sans jamais se perdre, se retrouvant, sans jamais savoir de quoi sera fait demain.

Pour la première fois de sa vie, elle aime un homme qu'elle peut aussi admirer.
Un homme égoïste, certes, mais quel artiste ne l'est pas ? Cet homme là est talentueux et ne demande qu'à l'être davantage.
Cet homme là qui joue surtout pour lui, mais aussi un peu pour elle.
Cet homme là qui sur scène, ne relève la tête que pour la regarder dans le public, comme pour lui demander son approbation.
Cet homme là qui l'appelle au téléphone, après des semaines d'absence, pour lui faire écouter un nouveau morceau, une nouvelle composition. Juste pour savoir ce qu'elle en pense.
Cet homme là qui fait des kilomètres à vélo, après des mois de silence, juste pour venir lui jouer "I still love you" de Van Halen, ou "Still lovin you" de Scorpions.
Cet homme là qui lui a dit un jour, pendant un concert : "nous aurions du vivre une grande histoire d'amour".
N'avait-il donc pas conscience de la vivre ?
Elle, n'en a jamais douté. Malgré les larmes des séparations à répétition, malgré son éternelle dévotion à sa guitare, dévotion qu'elle comprenait.
Elle, elle sait que cette histoire est une histoire d'amour. Elle sait que cette histoire est grande. Elle sait que c'est une grande histoire d'amour.
Elle sait aussi les peurs de Richard. La plus grande étant l'oubli. Etre oublié. Passer dans la vie des gens sans y laisser de traces.
Un jour, il a écrit : "Que reste t-il de moi dans leur tête à eux ?".
Ce jour là, elle s'est juré de ne jamais le perdre, de ne jamais oublier, et de toujours, même si la vie vient à les séparer physiquement, se rappeler à son souvenir, par une petite carte, jamais à la même date. Parfois Noël, parfois l'anniversaire de Richard...











par geraldine publié dans : 1995
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